Yves Trémorin est né à Rennes en 1959.
Il poursuit des études supérieures de mathématiques et obtient un DEA d'analyse numérique en 1983. Dès 1980, il avait commencé à photographier et réalisé ses premiers nus.
Une série particulièrement importante, contenant en germe la plupart des thèmes futurs, voit le jour en 1983-1984: Cette femme-là, dont le modèle est la grand-mère de l'artiste. Les Nus froissés, de 1984, dans lesquels la déformation de l'image suggère un rapport violent au sujet photographique, figurent dans la première exposition de son travail, la même année.
Les années 1985-1986 sont celles de l'impressionnante série La Mère, d'abord intitulée De cette femme. Avec ces photographies qui lui apportent une première notoriété, Yves Trémorin impose sa brutalité affectueuse vis-à-vis des proches, de leurs corps, de la sphère intime en général. Les Visages froissés viennent compléter en 1986 les Nus réalisés deux ans plus tôt.
C'est cette même année qu'Yves Trémorin fonde le groupe Noir Limite avec Jean-Claude Bélégou et Florence Chevallier. Les trois photographes, qui seront bientôt désignés comme le "trio infernal de la photographie française", rédigent un manifeste et travaillent sur des thèmes communs, affirmant une vision du monde dont le meilleur résumé tient dans les deux mots : noir - limite. Une première intervention, Révélation publique, se déroule au Centre d'art et d'essai Marc Sangnier, à Mont Saint-Aignan, le 24 janvier 1986. En 1987, l'exposition Corps à corps, regroupant des photographies des trois artistes ayant en commun un érotisme féroce, prévue à la Maison de la Culture de Bourges, est interdite. Ces œuvres ne seront montrées que le 18 février 1988 lors d'une manifestation rituelle où "les photos refusées du Corps à corps" sont sorties une par une d'une caisse de transport et posées sur le sol, au Club des 30x40 à Paris. Les œuvres sont finalement exposées dans plusieurs lieux en 1989. Durant l'été, l'exposition Corps à corps au Havre sera l'occasion d'une spectaculaire performance (Nuits noires, Liberté et Libertinage), ritualisant le travail photographique pour aboutir à une fresque de tirages de 40 mètres de long, à l'abbaye de Graville.
L'autre grande aventure de Noir Limite est le projet intitulé La Mort, montré aux anciens abattoirs du Havre en 1991, mais sur lequel Florence Chevallier et Jean-Claude Bélégou avaient déjà présenté des séries lors de la performance de 1989. les photographies d'Yves Trémorin sur ce thème datent de 1990. Le soir du vernissage aux abattoirs, les convives frigorifiés dégustent un coq au vin, sur une table dressée dans le lieu de l'exposition.
Entre-temps, Yves Trémorin a créé deux séries plus confidentielles : La Chambre close (nus féminins) en 1988, et en 1989 Les Amants magnifiques , chef-d'œuvre secret qui sera exposé pour la première fois au musée des beaux-arts de Rennes dix ans plus tard.
Une première commande l'amène en 1990 à quitter son univers habituel pour réaliser, à la demande du Conseil général des Côtes d'Armor, les Paysages celtiques, dont la noirceur s'accompagne d'une sorte de souffle épique.
Avec Catherine en 1991, Yves Trémorin donne l'un des manifestes de son art. Toujours en noir et blanc, tendue à l'extrême entre la douceur et la souffrance, cette série s'inscrit parfaitement dans les âpres revendications de Noir Limite, mais annonce de nouveaux développements.
Une rupture se produit avec les premières œuvres en couleur, réunies sous le titre de La Tribu, en 1992 : un univers plus personnel, une alchimie mystérieuse et inclassable témoignent de la distance prise par rapport à Noir Limite, qui sera dissous l'année suivante. Les Natures mortes de 1993, sensuelles et violentes, forment le contrepoint logique de la Tribu.
Le paysage fait une nouvelle incursion en 1993 avec deux projets : d'une part la commande de la ville de Saint-Malo qui fait naître Dernier rempart (en noir et blanc), vision aussi saisissante qu'ambigüe de la cité corsaire; d'autre part une bourse Léonard de Vinci amenant Yves Trémorin pour quarante jours en Arizona. Il en rapporte un magnifique matériau inachevé.
En 1994, après Les Ventres en noir et blanc, le Nouveau-né en couleur est une petite série qui annonce la plus grande, Poupig, en 1995. Ce bébé et son univers concentrent toutes les recherches du travail photographique d'Yves Trémorin, avant le passage résolu à la vidéo en 1997.
Une commande du Rectorat d'Académie de Dijon en 1997 est l'occasion de créer une nouvelle nature morte (une cervelle dans un plat, l'œuvre étant destinée au restaurant universitaire), qui sera refusée. La commande la plus récente, 1% de l'ENSBANA de Dijon en 1999, consiste en un ensemble de photographies de grand format, toujours liées à l'univers des Natures mortes.
La première bande vidéo, qui reçoit le titre We others, est réalisée entre 1997 et 1998. Le nouveau médium fait également l'objet d'une collaboration avec Gilles Mahé, qui donne en 1997 Les Brigades vertes. La deuxième bande, où l'artiste continue d'entretenir avec sa "tribu" un rapport inédit, est achevée en 1998 et la troisième est mise en chantier aussitôt.
Laurent Salomé, février 1999